Source : Soulier E., 2004, Les communautés de pratiques au coeur de l'organisation réelle des entreprises, Systèmes d'Information et Management, n°1, vol.9, p. 3-24.
Au delà du flou des définitions, la notion de communauté de pratique semble réunir trois attributs recherchés des entreprises :
- Un échange intense et volontaire de savoirs tacites.
- Un mode informel mais très efficace de coordination du travail.
- Un espace identitaire qui donne sens et motivation au travail.
Le concept de communauté de pratique est un concept stratégique qui se positionne au même niveau que les mécanismes de coordination propres à l'organisation formelle tel le projet, le processus ou le métier. C'est un concept nouveau au sens où il remet en cause l'approche actuelle de l'organisation formelle. En effet, "le reengineering et la gestion du savoir sont des démarches contraires à la manière dont sont organisées les pratiques réelles, les praticiens et les communautés qu'ils forment" (Brown & Duguid, 2000). En outre, "nos actions ont plus souvent pour principe le sens pratique que le calcul rationnel" (Bourdieu, 1972). Enfin, une communauté de pratique ne se pilote pas de l'extérieur (Wenger, 2000).
Définitions d'une communauté de pratique :
- "A set of relations among persons, activity, and world, over time and in relation with other tangential and overlapping communities of practice. A community of practice is an intrinsic condition for the existence of knowledge (...) Thus, participation in the cultural practice in which any knowledge exists is an epistomological principle of learning" (Lave, Wenger, 1991).
- "Groups of people who share a concern, a set of problems, or a passion about a topic, and who deepen their knowledge and expertise in this area by interacting on an ongoing basis" (Wenger, 2002).
Niveaux de participation généralement observés dans une CP (Wenger, 2002) :
- 1er niveau : un petit noyau dur d'individus qui participent très activement aux activités de la communauté et qui, pour certains d'entre eux, en assurent la direction humaine et intellectuelle.
- 2ème niveau : le groupe des membres actifs. Ils participent régulièrement aux réunions et occasionnellement à d'autres types d'activités collectives, mais sans la régularité et l'intensité des membres du noyau dur.
- 3ème niveau : une large proportion de membres sont par contre périphériques et ne participent que rarement aux activités de la communauté. Ce sont souvent des acteurs stratégiques dans la dynamique sociale d'une communauté dans la mesure où lire, voir ou écouter, bien que de manière cachée mais persistante, n'est pas un acte passif. Désignés indifféremment comme participants marginaux, observateurs passifs, membres potentiels, sympathisants, supporters, majorité silencieuse ou apprenants indirects, ils retirent grand intérêt des discussions auxquelles ils ont accès et font souvent bon usage des connaissances acquises à l'extérieur de la communauté (MacDonald J., 2003).
Les membres d'une communauté se déplacent au cours du temps entre ces différents niveaux.
La théorie des communautés de pratique (TCP) est une tentative intellectuelle visant à élaborer une théorie socioculturelle de l'apprentissage en situation qui met l'accent sur la dimension sociale propre aux transactions cognitives entre une personne et son environnement. Elle situe l'apprentissage et plus généralement les phénomènes mentaux non pas dans la tête de l'individu mais dans l'interaction sociale.